1D Lab, le lab de la musique indé

Publié le mercredi 5 octobre 2016

Starting Blocks

#streaming #multimedia #ESS

Lancée auprès des usagers de médiathèques et du réseau de L’Institut français avec la plateforme de streaming équitable 1D touch et déposée aux quatre coins du monde grâce aux capsules de l’application Divercities, le projet multimédia d’1D Lab arrive à un tournant important. Projet européen, levée de fonds, embauches, la smart’up musicale accélère son développement. Rencontre avec Cédric Claquin, directeur général adjoint et cofondateur d’1D Lab.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting-blocks c’est des entreprises, des activités innovantes et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




A côté d’un marché mondial du streaming où l’on commence à parler de consolidation, un acteur français innove pour les productions indépendantes. 1D Lab est la startup (ou « smart’up »), fondée par des producteurs phonographiques indépendants, qui développe la plateforme de streaming 1D touch et plusieurs autres projets satellites.


Plancher sur un nouveau modèle de streaming


Les cofondateurs d’1D Lab, Eric Petrotto (6AM Prod), David Morel aka Monsieur Mo (Jarring Effects) et Cédric Claquin (Aïlissam), sont bien connus de la filière musicale. Leur histoire commune a commencé avec le projet CD1D créé par 7 labels indépendants en 2004. « L’idée vient de CD1D en 2010, quand on a commencé à voir arriver nos niveaux de royalties extrêmement faibles, à l’époque 1 million d’écoutes à 700 €. Après avoir réfléchi, on s’est demandé pourquoi on ne créerait pas une plateforme de streaming nous-mêmes avec une meilleure répartition pour les ayants droit ». Comme le dit souvent Cédric, le projet d’1D Lab est une « expérimentation qui se construit de façon empirique et au fil de l’eau ». Faisons le point sur la situation à la suite de la levée de fonds récemment annoncée.

1D Lab avait démarré en 2012 avec une première phase de réflexion de 18 mois à l’issue de laquelle l’association de préfiguration laissait la place à une coopérative, une SCIC-SA. Pendant ce temps, 1D Lab préparait son modèle de streaming innovant afin de « devenir l’une ou la plateforme de découverte de contenus culturels ».

Les cofondateurs ont donc commencé par concevoir la première brique, la plateforme de streaming 1D touch. Pour ce faire, ils ont constitué une première équipe avec Thomas Parquier leur CTO recommandé par les Craftmen, leur agence de développement web. « Le projet l’a accroché alors il s’est allégé de certains clients qui lui faisaient très bien gagner sa vie pour gagner un peu moins bien sa vie mais en étant dans un projet dans lequel il se reconnaissait complètement ». Très investi dans son label, Monsieur Mo laisse avancer Eric et Cédric, ses comparses entrepreneurs. Grâce au soutien de CD1D, leurs ressources personnelles et deux aides à l’innovation du ministère de la Culture et de la Communication, 1D Lab lance ses prototypes de bornes 1D touch installés aux Abattoirs à Bourgoin-Jallieu, au Fil à Saint-Etienne, à la bibliothèque municipale de Lyon et à la radio Sol FM, avant de sortir une V2 en 2014.


1D touch, la solution de streaming équitable


Totalisant 1 million de titres, 90 000 artistes signés par 15 000 labels, le catalogue de musique provient d’une sélection de plusieurs sources : CD1D (pour les artistes non distribués), le catalogue d’ IDOL et une sélection de musiques indépendantes parmi les 15 millions que distribue Believe Digital. « On a décidé de ne pas recréer des effets d’abondance. On va rester sur un catalogue équivalent tout en espérant accueillir d’autres labels indé : Naïve et Musicast grâce à Believe. Et on prospecte à l’international aussi : j’étais à Cologne la semaine dernière, et on aimerait beaucoup enrichir le catalogue avec Kompakt ». Les autres contenus multimédias seront travaillés par la suite même si les fondateurs ont déjà sondé les besoins d’autres producteurs indépendants.

1D Lab ne s’arrête pas là et initie avec 1D touch un nouveau business model intitulé la « Contribution créative territoriale » (CCT) pour encourager la diversité musicale. La CTT est un système de répartition des recettes générées par la vente des accès. Après le versement de la TVA et des droits à la Sacem, les labels et les artistes en perçoivent 55% selon une part fixe de 15% pour la participation au catalogue et 40% en fonction du nombre d’écoute avec une dégression de 10 à 20% appliquée aux titres de plus de 3 ans. Avec la CTT, 1D Lab entend ainsi encourager des productions certes moins populaires mais qui construisent effectivement la diversité et la création. Jusqu’en 2017, le reste est conservé par la coopérative pour son développement. Après ce terme, 1D Lab prévoit d’allouer 10% des recettes à un fonds d’épargne solidaire à destination des producteurs. Une autre manière de concrétiser la solidarité entre les producteurs.


L’utopie 1D Lab devient réalité


1D Lab s’est positionné en B2B2C sur le marché de la musique, dans des espaces peu investis par les autres acteurs du streaming et auprès de clients/partenaires à même de comprendre les valeurs et cette logique de fonctionnement, d’en devenir les médiateurs avec leurs publics. La facture dépend du nombre d’accès ouverts par leur intermédiaire, 2500 € les 1000 abonnements. Les médiathèques ont été parmi les premières à se lancer dans l’aventure et restent les plus représentées (80%). La smart’up a aussi bénéficié d’un bon timing avec la Région Rhône-Alpes en étayant la carte M’ra délivrée aux jeunes et apportant 10 à 12000 nouveaux utilisateurs chaque année. Avec le partenariat avec l’Institut français également, très investi dans le soutien à la création et dans l’innovation, 1D Lab franchit les frontières. Et Cédric s’en félicite encore : « L’Institut nous permet d’avoir une carte avec des points sur toute la planète, c’est particulièrement motivant ». Pour la suite, 1D Lab travaille d’ores et déjà des pistes vers le secteur du transport et des territoires connectés.

Les deux dernières années 1D touch est passé de 35 à 50 000 utilisateurs actifs. La plateforme a permis de reverser 60 000 € aux ayants droit de 2012 à 2014, soit 29 cent par stream et sur la dernière période 40 000 € en 2015 soit 14 cent par stream. « Ça baisse avec le développement des usages mais on reste toujours supérieur aux autres plateformes » rassure Cédric. Et d’ajouter : « On a construit la CTT par intuition et exploration : on a posé le principe et on accepte que dans 2 ans elle fonctionne différemment de ce que l’on pensait. J’adorerais que demain, un économiste se penche dessus, la questionne et la perfectionne ».

À noter qu’un bureau parisien a été créé au sein de la Résidence Creatis dès 2014 pour bénéficier d’effets de réseaux. « On aurait adoré montrer qu’on arrivait à construire des choses en dehors de ce centre névralgique, mais la réalité c’est qu’il faut être dans les réunions, les bistrots, etc. et que Eric incarne cette dynamique où les choses prennent une autre dimension ». Il est soutenu par Carla Legendre et Frantz Steinbach dans ces actions.


Retour au lab


Pour la smart’up, l’accalmie est de courte durée. Un autre projet couve depuis quelques années dans le lab. La Réserve déboussolée, système de capsules accessibles au travers d’une application mobile, intégrant des sélections de contenus éditorialisés déposées dans la ville et accessible par géolocalisation : « on propose ainsi aux gens de les découvrir dans l’espace public et de les utiliser. Pokemon GO nous aide beaucoup à expliquer ce projet aux collectivités ». Cédric nous informait que la « Réserve déboussolée » serait dorénavant nommée « Divercities » dans le cadre de son internationalisation.« On est sur un projet Europe Creative pendant 4 ans pour construire un modèle de rémunération innovant pour la diffusion d’artistes avec 8 pays : France, Angleterre, Allemagne, Espagne, Finlande, Norvège, Croatie, Lettonie ». Va suivre une série de laboratoires itinérants dans ces pays, tantôt avec des usagers en format collaboratif et autour du design thinking, tantôt avec des entrepreneurs sur les modèles économiques.

« On savait qu’on allait courir le 100 m avec des chaussures de plomb en structurant notre modèle dans une coopérative, mais cela correspondait à notre volonté d’intérêt collectif ». Malgré un modèle de structuration encore peu attractif pour les investisseurs privés, 1D Lab a réussi une levée de fonds de près d’1 millions d’€ auprès d’acteurs de l’ESS et de BPI France. Les fondateurs seront à MaMA vendredi 14 octobre à FGO pour en parler.

Les fondateurs d’1D Lab ont une vision 2016-2019 précise et une feuille de route jusqu’à la fin 2017. « Cette première levée de fonds permet d’avoir cette visibilité à 18 mois. On sait qu’on veut construire de nouvelles couches, de nouvelles fonctionnalités, et que cet argent va le permettre ». Ils doivent tout d’abord rechercher la viabilité économique du modèle. « On double notre chiffres d’affaires chaque année, mais en partant de zéro. On est sur des objectifs de vente sur l’année 2016 à 400 000 €, à 800 000 € l’année prochaine. On cherche de nouveaux utilisateurs ». Ils viennent de lancer l’embauche de 3 personnes pour renforcer l’équipe chargée de la diffusion, portant le nombre de collaborateurs à 25. « Deuxième priorité le développement techno : on a des besoins immenses en application mobile, en structuration front end, back end et même si on s’appuie sur des prestataires extérieurs de grande qualité, on a envie de consolider cela chez nous ». Enfin le troisième grand poste, c’est l’éditorialisation et la recommandation. « Au niveau humain, on finalise l’embauche de 2 éditorialistes en plus d’Isis et un stagiaire. Ils seront 4 à Paris. En plus de notre chercheur en text mining et structuration de données, on s’appuie sur des partenariats avec les universités, des pépites comme Niland sur la question spectrale par exemple, et Mnémotix sur le web sémantique ».

Véritable laboratoire innovant pour la musique indépendante, 1D Lab poursuit donc son exploration sur le streaming tout en s’intéressant à d’autres sujets comme la blockchain et l’accompagnement de projets innovants ancrés dans l’ESS. Works in progress !


Fabrice Jallet (sur Twitter avec un F)
Crédits photos Pierre Grasset

Vidéo de présentation de la campagne de crowdfunding réalisée par 1D Lab en 2015