Avec Vrtuoz, la musique est une réalité virtuelle

Starting Blocks

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Depuis son lancement fin 2014, Owl Perception n’en finit plus d’étoffer Vrtuoz, sa plateforme de divertissement en réalité virtuelle, qui propose des expériences conviviales dans la musique et le sport. Gildas Dussauze, cofondateur et dirigeant, nous présente son projet peu avant la sortie d’une nouvelle version de l’application.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




« Le timing était parfait » déclare Gildas Dussauze. Alors que les ventes de casques ont explosé ces derniers mois et que la production de contenus commence à s’installer dans le paysage musical, la startup a flairé le bon filon : et si l’on consommait et vivait la musique, à l’ère digitale, tous ensemble dans un univers virtuel ? Comme beaucoup d’enfants de sa génération, Gildas a été ébloui par Tron, sans penser vivre un jour une expérience similaire. En 2014, alors qu’il est directeur commercial chez Wagram Music, Facebook rachète Oculus Rift. Pour lui, un nouveau relai de croissance s’ouvre pour la musique : « on allait enfin pouvoir dépasser la limite de capacité des salles et des festivals pour organiser des spectacles online ». Désireux d’apporter à ce nouveau marché son expertise sur l’industrie du divertissement, il décide de se lancer dans l’aventure VR. Il commence par prendre contact avec des spécialistes. « En décembre, je rencontre Yoann Alves en tapant « video 360 » sur LinkedIn. Il faisait partie des 10 résultats sur Paris… Depuis un an et demi, il enregistrait des vidéos 360 et envisageait de développer un business vers les marques ». Laissant son projet solo, il se joint à l’aventure. Idem pour Benjamin Baldacci, responsable du département programmation d’Isart Digital, école de jeux vidéo. Il devient le troisième associé, en charge de la direction technique. L’équipe est en place, et créé dans la foulée la société Owl Perception. Le développement de Vrtuoz démarre immédiatement, sur une idée simple : « rassembler des gens dans un salon virtuel et leur donner accès à une vidéo, si possible en 360° ».

Benjamin Baldacci, Yoann Alves et Gildas Dussauze (Cofondateurs de Owl Perception)

Quelques mois plus tard, ils présentent leur prototype de « lecteur vidéo multi-users » à la Paris Games Week puis au WebSummit : « deux utilisateurs pouvaient visionner ensemble une vidéo dans une room et interagir ». Ils perfectionnent le lecteur, et lors du Laval Virtual, ce sont 10 personnes qui peuvent échanger dans la vidéo sphérique. La startup commence alors à envisager la retransmission de concerts en direct, captés à 360° et dans lesquels ils souhaitent placer leurs utilisateurs. L’ubiquité n’est pas loin… Leur version bêta est finalisée en août 2016, juste à temps pour le premier test au Deliver Events au Luxembourg. « On a donné un accès live aux keynotes à 50 journalistes en Europe à qui on avait envoyé des cardboards. Le premier ministre luxembourgeois et le VP d’Amazon Europe intervenaient dans cet événement ».


Une plateforme de contenus VR agnostique


Avec Vrtuoz, les fondateurs de Owl Perception proposent une plateforme interopérable, c’est-à-dire accessible sur tous les appareils avec n’importe quel type de casques. D’abord avec un cardboard, grâce aux applications iOS et Android, puis sur Samsung Gear. Gildas annonce en plus que l’appli sera compatible avec les autres casques dans quelques semaines. « Les opportunités d’interactivité sont plus grandes avec un casque comme l’HTC et l’Oculus, en particulier dans la room. Avec eux, on peut bouger, se lever, danser, accéder au menu avec ses mains (et pas seulement avec le regard). Pour Playstation, ça va nous prendre un peu plus de temps pour obtenir les agréments de Sony, mais on espère sortir cette version en décembre ».

L’utilisateur se retrouve virtualisé et projeté dans la « room », un espace d’accueil modélisé en 3D qui permet l’accès à d’autres salles où sont diffusés les contenus. 18 types d’avatars homme ou femme sont disponibles pour créer des identités virtuelles et la startup imagine aller beaucoup plus loin pour « se singulariser ». Gildas pense en effet que « les générateurs d’avatars vont être très différenciant dans les expériences en VR ».


Une plateforme sociale de contenus VR dédiée au divertissement


Vrtuoz propose des contenus VR dans la musique, le sport et le e-sport, mais aussi le tourisme, l’immobilier ou la formation professionnelle. Le catalogue de musique se compose de vidéos de concerts réalisées à 360° diffusées en replay. La startup a expérimenté la retransmission live et d’ici janvier, elle veut réaliser deux événements en direct, dont un dans le e-sport. « On va donner la possibilité aux utilisateurs d’être intégrés au sein de chaque équipe et même dans le jeu, au centre du champ de bataille ». Cela laisse figurer de nombreuses possibilités dans la musique avec une multiroom pour retransmettre les différentes scènes d’un festival, voire de programmer le premier festival avec un « public virtualisé ». Et pour parfaire l’immersion, la startup travaille avec des spécialistes en son 3D.

Autre promesse de Vrtuoz : proposer de vivre des expériences sociales. « L’idée c’est de rendre notre outil « humain », pour que l’expérience ne soit pas solitaire et que l’on puisse partager un contenu en temps réel avec d’autres utilisateurs ». Avec un cardboard, on peut déjà envoyer et visualiser des emojis, se parler en chat vocal public ou privé grâce au mode « whisper » (littéralement se chuchoter au creux de l’oreille) et faire des selfies pour fabriquer ses souvenirs. Et dès 2017, le public pourra envoyer des emojis à l’artiste à la manière de Periscope. « L’avenir de l’industrie culturelle n’est pas la propriété du contenu, mais le partage d’expériences. L’expérience ultime, c’est un mélange de jeu vidéo et de spectacle ».


Un nouveau media pour l’expérience musicale


Avec sa plateforme, Vrtuoz se positionne comme un nouveau média entre les artistes et leurs publics. Des campagnes direct to fan sont en cours d’expérimentation : « on s’est associé avec un champion de MMA. On a développé une room avec des contenus, comme ses entrainements. D’ici son combat, en décembre, où il remet son titre en jeu, il va produire et poster des vidéos, puis on organisera une rencontre avec des fans en direct. Et après son match, on publiera des vidéos de sa préparation ». Sans oublier de servir les industries. En 2017, la startup souhaite proposer aux organisateurs d’événements de sonder leur audience en temps réel, commander des analyses de comportement dans la sphère pour savoir où les utilisateurs regardent… « Ces fonctionnalités vont nous permettre d’améliorer le design des espaces virtuels et de les monétiser ».

« On propose une expérience adaptée aux devices. Avec les casques, on travaille avec des contenus 360° pour donner l’illusion au fan qu’il vit une expérience particulière avec un artiste, sur scène ou en privé, en direct ou en replay… On pourra même revivre cette expérience comme n’importe quel moment que l’on immortalise avec une photo ou une vidéo sur smartphone partagée sur Instagram ». La VR se développe rapidement et Owl Perception fait le pari que chacun pourra bientôt produire ses propres contenus. « Pour le moment, la production de vidéo 360° est réservée à des professionnels, même si les coûts d’équipement baissent. Quand tout le monde pourra capter, partager et se retrouver dans des contenus 360 avec son smartphone, cela va exploser. Exactement comme avec l’apparition de Facebook et Youtube pour la photo et la vidéo ».

Étant donné l’état actuel du marché de la VR, Vrtuoz a décidé de développer ses technologies et de les présenter aux acteurs de l’industrie du divertissement. « On va baser l’activité et le modèle économique sur l’événement. Aujourd’hui nous disposons de peu de contenus, mais demain la valeur sera créée par les abonnements et la billetterie ». Tourisme, musée, formation professionnelle, espace virtuel d’une entreprise pour ses clients… les perspectives ne manquent pas. « On propose notre canal virtuel et notre expertise du développement d’audiences à tous les producteurs de divertissement et les établissements de culture ». Et même au-delà, puisque qu’une version business de Vrtuoz dédiée aux entreprises est en cours de développement pour l’organisation de réunions et d’événements corporate. Si la startup a levé 100 K€ l’année dernière pour réaliser sa bêta, elle démarre aujourd’hui un nouveau tour de table : « on cherche à lever 1,5 M€ qu’on souhaite finaliser pour mars 2017, entre prêts et ouverture de capital ».


Fabrice Jallet (sur Twitter avec un F)


Pour continuer à rêver sur l’expérience musicale et pour en savoir plus sur le son 3D, (re)découvrez le Focus MaMA Invent 2017 "De la naissance à la démocratisation d’une nouvelle expérience sonore" avec Radio France nouvOson, CultureBox, Milgram Productions et Les Numériques.