Emily Gonneau, Nüagency

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Publié le mercredi 9 novembre 2016

Interview

Emily GONNEAU

Cofondatrice de l’agence Nüagency


Après avoir travaillé pour EMI pendant quelques années, Emily Gonneau a créé en 2009 Unicum, société d’édition, de management et de consulting. En 2013, elle crée, avec Maud Cittone, Nüagency, agence dédiée au community management et à la stratégie marketing pour les artistes. Elle est également depuis 2014 directrice générale de MyOpenTickets, cluster dédié à la filière billetterie.
Cette année, elle publie aux éditions Irma un guide pratique sur L’Artiste, le Numérique et la Musique.


- La blockchain, c’est le buzzword du moment. Que peut apporter cette technologie à la musique ?

Beaucoup de choses dans l’absolu : suppression d’intermédiaires, amélioration des métadonnées associées à chaque oeuvre et donc de leur traçabilité, transparence dans la gestion et la répartition des droits et des paiements, clarification des apports de chacun dans le processus créatif, capacités de stockage d’enregistrements audio ou vidéo…

Mais il y a aussi beaucoup d’écueuils potentiels avant d’y arriver :

- la technologie de la blockchain ne sera qu’un sparadrap sur des plaies ouvertes tant que les nombreux problèmes de l’industrie ne sont pas résolus en amont (compétition d’intérêts à ce stade plus forte que la nécessité de leur convergence)

- la technologie peut être utilisée de mille manières avec de nombreuses sociétés différentes sur un même usage. ça peut devenir compliqué pour des artistes s’ils se retrouvent avec des partenaires qui utilisent chacun leur système…

- Comme vous l’avez récemment soulevé dans un article, une convergence entre streaming et billetterie est à l’oeuvre actuellement. Les technologies de blockchain peuvent-elles accélérer ce mouvement ?

C’est possible à partir du moment où les acteurs du streaming et de la billetterie utilisent la blockchain pour séduire des artistes et/ou leur public et leur assurer une plus grande transparence sur leur droits pour les premiers, leur simplifier la vie lors d’un festival et leur éviter d’être exposés au marché noir pour les seconds, et enfin assurer la fiabilité et l’immédiateté des paiement pour les deux.

- À l’inverse, les technologies de blockchain pourraient-elles favoriser une déconcentration, et court-circuiter les géants ?

Elles le pourraient dans l’absolu. Sauf que la blockchain c’est comme internet : la technologie est une chose, mais il y a déjà plusieurs sociétés différentes qui l’utilisent pour résoudre un problème spécifique (les paiements, le stockage de fichiers…). Il n’y a pas de raison pour laquelle les géants en question ne développeraient pas leur propre blockchain pour mieux amortir certains coûts et/ou l’utiliser comme un argument commercial (ou de signature d’artistes) majeur (transparence et immédiateté des paiements que j’évoquais juste avant). A suivre…

- Comment les artistes et les acteurs de la filière peuvent-ils se saisir de ces enjeux ?

Bonne question ! Je pense qu’il faut déjà qu’ils commencent à recenser les problèmes spécifiques qu’ils rencontrent (ils les connaissent déjà cela dit) et lancer des groupes de travail avec des acteurs aux intérêts convergents. Et commencer par expérimenter la mise en place de projets pilotes pour lesquels l’utilité de la blockchain est démontrée simplement et de manière accessible, puis en élargissant progressivement le spectre de l’application de cette technologie. Ce faisant, les artistes et acteurs pourront, d’une part, mieux comprendre comment s’approprier cette technologie rapidement et, d’autre part, mieux la façonner pour qu’elle serve leurs besoins par une approche de beta-testing.


Propos recueillis par Romain BIGAY