La musique attire les capitaux

Publié le mercredi 29 août 2018

Business

La musique n’a jamais vraiment été une valeur boursière très porteuse, ni un actif financier très prisé. Mais, alors que l’industrie de la musique renoue avec la croissance après quinze années de crise, et qu’un nouvel écosystème se développe autour d’elle à la vitesse grand V grâce au numérique, les choses sont en train de changer.

Par Philippe Astor / @makno

Il y a eu le précédent de la maison de disques Warner Music, introduite au New York Stock Exchange en 2005, et indirectement celui de ses consœurs Universal Music et Sony Music, qui sont des filiales de grands groupes côtés en bourse. Quelques expérimentations visionnaires ont eu lieu, comme l’émission par David Bowie, en 1997, d’obligations sur ses droits d’auteur et droits master, qui lui avait permis de lever 55 millions de dollars à Wall Street. Une première dans l’histoire de la musique, et dans celle de la bourse. Rares, cependant, sont les start-up musicales des années 90 et 2000 qui ont atteint le Graal d’être cotées au NASDAQ. La musique est longtemps restée une contrepartie mal assurée, qui n’attire pas facilement les capitaux. Le rachat de l’ex-maison de disques EMI par le fonds d’investissement britannique Terra Firma, en 2007, s’est d’ailleurs soldé par un échec retentissant. Mais alors que l’industrie de la musique renoue avec la croissance après quinze années de crise, et qu’un nouvel écosystème se développe autour d’elle à la vitesse grand V grâce au numérique, les choses sont en train de changer.

L’introduction en bourse de Spotify ouvre une fenêtre de tir

Le succès de l’introduction en bourse de la plateforme de streaming Spotify aux États-Unis, en avril dernier, montre que pour les investisseurs institutionnels, la musique redevient un business prometteur. L’événement a eu des externalités positives pour la radio interactive américaine Pandora, l’un des rares acteurs indépendants du streaming musical côté en bourse aux États-Unis, qui a vu la valeur de son action progresser de plus de 70 % depuis. Même si certains acteurs, comme Deezer, ont dû reculer pour peut-être mieux sauter un jour, nombreux sont ceux qui espèrent profiter de la fenêtre de tir ouverte par la compagnie suédoise, désormais valorisée près de 30 milliards de dollars. Trois mois après la première cotation de Spotify au NYSE, le leader chinois de la musique en ligne Tencent Music Entertainment (TME), opérateur des trois plus gros services du pays (QQ Music, Kuwo et KuGou), a annoncé sa prochaine introduction à la bourse de New York, en tant que spin-off de son actuelle maison mère Tencent. Les analystes financiers anticipent une valorisation similaire à celle de Spotify. Les deux compagnies sont par ailleurs actionnaires l’une de l’autre, à hauteur de 9 %, suite à un échange d’actions auquel elles ont procédé en décembre 2017.

Le fabricant américain d’enceintes sans fil connectées Sonos envisage lui aussi de suivre le même chemin. Et le service de streaming haute définition français Qobuz, dont le PDG Denis Thébaud confiait ses ambitions à Newsweek au printemps dernier, se verrait bien briguer une IPO dans les 18 à 24 mois. La start-up française, qui est en train de boucler une nouvelle levée de fonds, a déjà mis un pied aux États-Unis, où elle a recruté son directeur général, Dan Makta (ex-RCA et Jive Epic), et deux autres poids lourds du secteur en la personne de Ted Cohen (ex-EMI, ex-Philips et ex-Warner) et David Solomon (co-fondateur du fabricant d’enceintes et d’amplificateurs Peachtree Audio). Ni Sonos ni Qobuz n’ont encore la taille et le sex-appeal de TME ou Spotify pour les marchés financiers. Mais les investisseurs n’en recommencent pas moins à faire les yeux doux à la musique, en amont de toute perspective d’introduction en bourse.

Des levées de fonds en série

En témoignent les nombreuses levées de fonds réalisées dans le secteur « musique et technologies » ces derniers mois, dont celle de la plateforme de streaming française Deezer début août, à hauteur de 160 millions d’euros. L’agence de presse française Newstank en a recensé 25 à l’international depuis le mois d’octobre 2017, dont celles des deux leaders du streaming indien Saavn et Gaana, de plus de 100 millions de dollars chacune, aux mois de février et mars 2018. En amont de l’arrivée de Spotify, qui promet de rebattre les cartes, les acteurs historiques du marché indien cherchent à renforcer leurs positions. A l’occasion de sa levée de fonds, Gaana a accueilli le chinois Tencent dans son capital. Son rival Saavn a cédé une part du sien à Reliance Industries, l’une des plus grosses entreprises privées du pays, opérateur d’un autre leader indien du streaming, Jio Music, avec lequel Saavn a fusionné.

Quelques mois plus tôt, le service chinois de partage et découverte de musique NetEase Cloud Music, basé à Beijing, qui revendique 300 millions d’utilisateurs, a réalisé une levée de fonds de près de 110 millions de dollars pour une valorisation de 1,16 milliard de dollars, qui l’a fait rentrer dans le club des premières « licornes » chinoises. Et le groupe de médias PCCW, basé à Hong Kong, qui est leader de la vidéo en ligne dans la région avec sa plateforme Vu, et opérateur du service de streaming musical haute définition Moov, a réalisé une levée de fonds de 110 millions de dollars en août 2017. Aux États-Unis, la radio interactive Pandora a remporté la palme de la plus grosse levée de fonds réalisée par une plateforme de musique en ligne en 2017. Au mois de juin dernier, la radio par satellite Sirius XM effectuait un investissement stratégique de 480 millions de dollars dans la compagnie. Un mois auparavant, Pandora avait bouclé une levé de fonds de 150 millions de dollars auprès du fonds d’investissement KKR & Co.

Plusieurs acteurs déjà installés du secteur ont réalisé des levées de fonds conséquentes l’an dernier, à commencer par le suédois Kobalt Music Group (gestion des droits d’auteur et droits voisins à l’échelle internationale pour les auteurs, artistes et labels), avec 75 millions de dollars levés au mois de mai 2017 et 14 millions de dollars au mois d’octobre. La plateforme d’hébergement et de streaming d’origine berlinoise Soundcloud (70 millions de dollars levés au mois de mars, 170 millions de dollars au mois d’août) et l’agrégateur américain de programmes radiophoniques sportifs et musicaux à la demande TuneIn (50 millions de dollars levés au mois d’août) sont du lot. N’étant pas parvenu à détrôner le leader du marché de la reconnaissance musicale Shazam, l’américain Soundhound, qui se tourne aujourd’hui vers l’intelligence artificielle et la reconnaissance vocale (pour les smart TV, les enceintes intelligentes, et autres objets connectés), est parvenu à lever 22 millions de dollars au mois de février 2017, sur la base de ce nouveau business plan. Soundtrack Your Brand, start-up suédoise fondée par un ancien de Spotify, qui propose des services de sonorisation musicale des lieux de vente (avec les restaurants McDonalds comme principal client aux États-Unis), a réussi une levée de fonds de 22 millions de dollars au même moment.

Les acteurs de niche séduisent les VC (capital risque)

Certains acteurs de niche, comme l’anglais Mixcloud, l’allemand Idagio ou l’américain Songtradr, sont également parvenus à convaincre des investisseurs en capital risque de les suivre. Lancée en 2008, la plateforme d’hébergement Mixcloud, qui met à disposition du public des shows radio, des podcasts, des sets de DJ ou des mixtapes préalablement enregistrés sur le mode du streaming linéaire, a bouclé la première levée de fonds de son histoire au mois d’avril 2018, d’un montant de 11,5 millions de dollars. Quelque mois plus tard, la compagnie annonçait la signature d’un premier accord de licence avec Warner Music, dans la perspective de lancer des formules d’abonnement offrant un degré d’interactivité supérieur. Mixcloud est également entrée en discussion avec les deux autres majors de la musique. Créée en 2005 et basée à Berlin, la start-up allemande Idagio, qui offre un service de streaming sur abonnement entièrement dédié à la musique classique, avec un moteur de recherche spécialisé et un catalogue de 140 000 albums au format lossless, a réalisé une première levée de fonds de 8 millions d’euros en décembre 2017. Songtradr est une place de marché électronique crée en 2014, qui met en relation des artistes émergents et les utilisateurs de musique à l’image (films, télévision, publicité, marques, jeux vidéo, etc.). La compagnie a bouclé sa sixième levée de fonds au mois de janvier 2018, d’un montant de 4,2 millions de dollars.

Quelques start-up françaises viennent enrichir ce palmarès, dont Soundcharts, Funky Sound Studio, ou encore Life Design Sonore. Soundcharts agrège toute sorte de données pour les professionnels de la musique (charts, airplay radio et TV, statistiques sur les playlists ou en provenance des réseaux sociaux, etc.), et a réalisé une levée de fonds de 3,1 millions de dollars au mois de septembre 2017. La start-up savoyarde Funky Sound Studio, qui projette de lancer une gamme de casques intelligents haut de gamme et haute définition sous la marque Debussy cette année, et qui a déjà ouvert des bureaux aux États-Unis, a levé 1 M€ auprès d’investisseurs privés en décembre 2017. Agence spécialisée en design sonore, connue pour être à l’origine de l’identité sonore de la SNCF, la PME limousine Life Design Sonore a bouclé une levée de fonds de 2,3 M€ auprès de fonds régionaux, pour accélérer son développement à l’international et développer son offre New’ee : une technologie de diffusion sonore sans fil ni enceintes, qui s’appuie sur le principe de la méca-acoustique vibratoire.

Des investissements directs dans la musique

La plus importante levée de fonds de ces derniers mois ciblait directement l’investissement dans la musique. D’un montant de 600 millions de dollars, elle a été bouclée par le suédois Kobalt Capital en novembre 2017 : cette filiale de Kobalt Music Group est une société d’investissement spécialisée dans l’acquisition de répertoires et de catalogues de droits d’auteur, droits master et droits voisins, dont la monétisation a vocation à être optimisée par sa maison-mère. Après le succès d’un premier fonds, créé en 2011 sous le nom de Music Royalties I et financé à hauteur de 300 millions de dollars, ce deuxième tour de table, emmené par le fonds de pension anglais RPMI Railpen, a permis à Kobalt Capital de lancer le Music Royalties Fund II, qui s’est porté acquéreur de l’éditeur indépendant américain Songs Music Publishing dans la foulée, pour un montant de 150 millions de dollars.

Début juillet 2018, l’anglais Hipgnosis Songs Fund a été le premier fond d’investissement de ce type à être côté à la bourse de Londres, après avoir levé plus de 200 millions de livres auprès d’investisseurs institutionnels lors de la prévente de ses actions. Entièrement dédié au rachat de répertoires d’œuvres musicales à succès, qui ont un fort potentiel de retour sur investissement avec le développement de la musique en ligne, Hipgnosis Songs Fund est une filiale de Hipgnosis Music, la société de management d’artistes et d’édition musicale et phonographique de Merk Mercuriadis - ancien manager d’Elton John, Beyonce et Guns N’ Roses, qui fut PDG de Sanctuary Group. « Notre conseil financier estime qu’il existe actuellement une opportunité d’acheter des répertoires à des valorisations attractives, dont le prix est déterminé en référence à l’historique des revenus - lequel ne reflète pas encore la croissance du streaming ces douze derniers mois -, et non en référence aux perspectives de revenus à venir », déclarait la compagnie dans un prospectus publié en 2017.

Des fonds pour financer le développement et l’émergence

Cet afflux direct de capitaux dans la musique ne va pas qu’à des répertoires ou des catalogues déjà existants et à la notoriété établie. Fin 2017, la compagnie United Masters, fondée par un ancien du label Interscope (Universal) aux États-Unis, a bouclé une levée de fonds de 70 millions de dollars auprès d’Alphabet (Google), de la Twentieth Century Fox et du fonds de capital risque Andreessen Horowitz, afin de développer un nouveau modèle de label. United Masters, qui s’adresse à des artistes émergents non signés souhaitant rester indépendants d’une maison de disques, leur offre des services de distribution, de CRM (gestion de la relation client) et de marketing afin de les aider à trouver leur public. La compagnie intègre une agence publicitaire créée en amont par son fondateur, spécialisée dans les partenariats entre marques et artistes. Son modèle repose sur un partage des revenus avec les artistes, qui conservent leurs droits sur les masters.

La start-up suédoise Amuse, qui compte Will.i.a.m parmi ses fondateurs et un ancien président de Sony Music International au sein de son conseil de direction, développe un modèle alternatif similaire pour détecter et développer de nouveaux talents, qui lui a permis de lever 15,5 millions de dollars au mois de mai dernier auprès de deux fonds de capital risque - le suisse Lakestar et l’américain Raine Ventures. Créée en 2015 par des professionnels de l’industrie musicale, Amuse propose aux artistes non signés un service de distribution gratuit (sur les plateformes de streaming et de téléchargement) via une application mobile. Ils accèdent à un tableau de bord statistique de leurs performances, ainsi qu’à un relevé comptable des revenus qu’ils génèrent sur les différentes plateformes, dont ils perçoivent la totalité. Grâce aux données collectées en tant qu’agrégateur, Amuse détecte les artistes à fort potentiel et leur propose un contrat de licence. Une quarantaine d’artistes ont déjà été signés, qui conservent leurs droits sur les masters et perçoivent 50 % des revenus générés par leur musique.

De nouveaux modes de financement participatifs

Les artistes et les labels peuvent lever eux-mêmes des fonds directement auprès du public et d’investisseurs sur Internet, pour financer de futurs projets, en gageant leur propriété intellectuelle existante. Les perspectives de revenus d’exploitation deviennent une contre-partie attractive. La start-up Royalty Exchange, basée à Denver, Colorado – qui a réalisé une cinquième levée de fonds de 6,4 millions de dollars en juin 2017 -, développe depuis 2011 une place de marché centralisée permettant de vendre et d’acheter des royalties aux enchères sur la base d’un historique des revenus, en toute transparence. Il est possible de se passer d’intermédiaire, grâce aux technologies de blockchain. C’est le pari fait par la plateforme Vezt, qui a développé le concept d’Initial Song Offering (ISO), en référence aux ICO (Initial Coin Offering, ou levées de fonds participatives en crypto-monnaies) et aux IPO (Initial Public Offering, ou introduction en bourse).

Réalisées sur la blockchain Ethereum, les ISO permettent aux artistes et aux labels de vendre tout ou partie de leurs droits master ou droits voisins sur une ou plusieurs chansons à des fans, des investisseurs particuliers ou des institutionnels, qui les achètent sous forme de jetons électroniques. Ils peuvent ne céder qu’une portion de leurs droits, et fixer une date de rétrocession. Vetz a émis son propre jeton électronique, le Vezt (VZT), lors d’une ICO qui lui a permis de lever près de 5 millions de dollars en crypto-monnaies sur Internet. La compagnie intervient comme sous-éditeur des droits émis lors d’une ISO. Elle perçoit les revenus qu’ils génèrent auprès des sociétés de gestion collective à l’échelle internationale. Un contrat auto-certifié, qui s’exécute automatiquement sur la blockchain Ethereum, répartit ensuite ces revenus à l’artiste ou au label (s’ils ont conservé une partie de leurs droits), et aux détenteurs de jetons VZT qui ont souscrit à leur ISO.

L’objectif de Vezt, qui a été lancé par des vétérans de l’industrie musicale, est de développer un véritable second marché des droits musicaux accessible aux fans comme aux investisseurs, et entièrement décentralisé. La compagnie s’est elle-même portée acquéreur des droits de propriété intellectuelle d’artistes reconnus (Dr Dre, Drake, Kanye West…) qui feront l’objet d’une ISO avant la fin 2018. Ce nouveau modèle de financement participatif, basé sur la « jetonisation » des droits musicaux sur une blockchain, commence à faire des émules. En novembre 2017, le DJ et producteur slovène Grammatik, qui est principalement comédien, a créé son propre jeton (GRMTK) et réalisé sa propre ICO, ce qui lui a permis de lever 7500 ethers auprès du public (valorisés 3,6 millions de dollars à l’époque), pour financer ses activités musicales. L’artiste a surtout fait appel à ses fans et à ceux qui apprécient sa musique, en les prévenant de toute visée spéculative.

Sur le terrain de l’innovation, de nombreuses start-up, qui développent de nouveaux services pour la musique s’appuyant sur les technologies de blockchain, adoptent naturellement le mode de financement des ICO. Début septembre 2017, en plein engouement pour ce genre d’investissement participatif très risqué, la compagnie anglaise Aventus, dans le secteur de la billetterie, a levé 20 millions de dollars auprès du public en moins de 24 heures, en émettant son propre jeton AventCoin (AVT), aujourd’hui coté sur les plateformes de change. Aventus a développé un protocole open source permettant d’émettre des billets de concerts sous forme d’actifs numériques sur une blockchain, qui se montre résistant aux robots logiciels des acteurs du second marché. La compagnie compte déjà de nombreux concurrents directs, qui ont aussi réalisé leur ICO : parmi eux figurent le néerlandais Blocktix (près de 7 millions de dollars levés en crypto-monnaies au mois de juillet 2017), le canadien EventChain (près de 16,5 millions de dollars levés en octobre 2017), ou encore le russe Crypto Ticket (1,6 million de dollars levés en novembre 2017).

La billetterie est l’un des cas d’usages les plus répandus des technologies de blockchain dans le secteur de la musique, mais elle n’est pas le seul à être expérimenté et à attirer des capitaux sur le mode du financement participatif. En juin 2017, l’espagnol Voise a réussi une ICO de 1,4 million de dollars pour financer le développement d’un système de vente directe de musique sur la blockchain Ethereum, avec stockage distribué et sécurisé des fichiers média sur un réseau P2P de participants, et exécution automatique de contrats auto-certifiés pour la répartition des droits. En août 2017, le polonais Opus parvenait à lever 5,4 millions de dollars en crypto-monnaies pour développer un système de distribution similaire ; et au mois de septembre suivant, le slovène Viberate clôturait une ICO de plus de 10 millions de dollars avec un projet de place de marché décentralisée mettant en relation tous les acteurs de la musique live (artistes, agences de booking, producteurs de spectacles, salles…). En novembre 2017, ce fut au tour de l’estonien Musicinomi de lever 6,7 millions de dollars lors de son ICO, pour développer un éco-système de distribution de musique sur la blockchain Ethereum, qui rétribue tous les participants (artistes, promoteurs, auditeurs) avec sa propre crypto-monnaie.

Les technologies de blockchain restent encore très expérimentales, mais elles parviennent à trouver des fonds pour se développer. En octobre 2017, les ICO réalisées dans le secteur de la musique et recensées comme ayant atteint leur objectif en terme de capitalisation minimale avaient permis à leur initiateurs de lever 65 millions de dollars depuis le début de l’année.


Le nouvel écosystème de la musique séduit les investisseurs

L’intelligence artificielle, la réalité virtuelle ou augmentée, les big data et les applis mobiles, et même les nouveaux instruments, séduisent de plus en plus de fonds de capital risque. L’allemand Native Instruments, qui fabrique depuis vingt ans des claviers intelligents, des contrôleurs et des systèmes de scratch pour les DJs, et qui commercialise des banques de sons sur Internet, figure ainsi, avec plus de 58 millions d’euros levés au mois d’octobre dernier, parmi les plus grosses levées de fonds en capital risque réalisées dans la musique depuis début 2017. Le britannique Roli, fabricant des claviers électroniques tactiles et modulables Seabord, qui avait déjà levé 43,5 millions de dollars auprès d’une dizaine d’investisseurs, est parvenu à refinancer sa dette au mois d’avril 2017, et a accueilli un nouvel actionnaire au mois d’octobre, en la personne de l’artiste Pharrell Williams, devenu son directeur de la création.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, l’américain Amper Music, qui a développé un système de composition de musique à destination des réalisateurs de vidéos commerciales ou en ligne, a levé 4 millions de dollars en mars 2017. L’anglais AI Music, dont l’intelligence artificielle est capable de remixer un titre de musique à la volée, par exemple pour en jouer une version acoustique ou en accélérer le tempo, a bouclé une première levée de fonds de 5 millions de livres en avril 2018. Fondée par un ancien président de Warner Music International, la start-up britannique Instrumental, dont la plateforme TalentAI met à profit l’apprentissage machine pour dénicher de nouveaux talents, a levé 3 millions de livres à la même époque. Et le luxembourgeois Aiva, dont l’intelligence artificielle – la première reconnue par la Sacem comme auteur - est capable de composer des musiques symphoniques « émotionnelles », sur la base d’un apprentissage de 15 000 partitions de Mozart, Beethoven ou Bach, a levé un capital d’amorçage de 650 K€ auprès du fond français Kima Ventures (Xavier Niel) et de business angels en décembre 2017.

Les applis mobiles ont aussi eu le vent en poupe ces derniers mois. Dans ce secteur, le spécialiste américain des applications mobiles musicales Smule (création, découverte, partage, karaoké), qui revendique 125 millions d’utilisateurs dans le monde, est parvenu à lever 54 millions de dollars en mai 2017. L’anglais Verve, dont l’appli mobile permet à des particuliers de vendre des billets de concerts auxquels ils vont assister à leurs amis, et d’être rétribué par des accès VIP ou des billets gratuits, a levé 18,5 millions de dollars en octobre 2017. Dans le secteur de la réalité virtuelle, l’anglais MelodyVR, qui a passé des accords avec les trois majors du disque et multiplie les captations de concerts, a levé plus de 26 millions de dollars l’an dernier, lors de deux tours de table successifs.


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