Meludia, le MOOC de l’oreille musicale

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Publié le mercredi 11 mai 2016

Starting Blocks

#MOOC #apprentissage #écoute #gamification

Offert en cadeau à 1,3 million d’estoniens et à 450 000 résidents maltais par leurs gouvernements respectifs, Meludia a le vent en poupe. Retours et projections sur la startup française qui réalise une rupture majeure dans l’apprentissage de la musique, en centrant celui-ci sur l’oreille et les émotions avec l’un de ses fondateurs, Bastien Sannac.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Dans Starting Blocks, on s’intéresse aux mutations de la musique. Et il faut bien admettre que certaines sont plus décisives que d’autres. La startup Meludia opère en effet une révolution de l’apprentissage de la musique, en commençant par le premier instrument du musicien : son oreille. Les enfants suivent des cours par amour de la musique et parfois s’arrêtent par dégoût du solfège. Meludia souhaite renverser la chaîne d’apprentissage, mettre fin à l’éducation par la douleur et instaurer l’apprentissage par le plaisir, créer de la curiosité, de l’envie et susciter l’amour de la musique.


Une startup née d’une relation prof-élève


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Bastien Sannac

L’histoire de Meludia débute en 2010. Bastien est consultant en IT le jour et s’éclate en musique pendant son temps libre : piano-voix dans les bars, composition à la maison… Curieux, perfectionniste, un brin atypique, il décide d’améliorer sa pratique en prenant des cours de composition avec Vincent Chaintrier. « Cette rencontre avec Vincent m’a permis de me sentir "musicien" pour la première fois de ma vie ». Plus qu’une expérience personnelle, ces cours seront le point de départ du projet Meludia.

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Vincent Chaintrier

Pendant 2 ans, leur relation s’intensifie, Vincent transmet sa vision élaborée à partir de ses 25 ans d’enseignement dispensé auprès de 3000 musiciens. Bastien découvre sa nouvelle perception et se plait déjà à l’idée de la développer sous la forme d’un jeu sur Internet. En 2012, le professeur et l’entreprenant élève se lancent. Bastien quitte son emploi et répartit son temps entre du conseil en freelance et le développement de la startup. Ils montent une première équipe « à l’arrache complet » se souvient Bastien avec nostalgie. « Pendant un an et demi, on a construit le "Minimum Viable Product" ».


Une philosophie de l’apprentissage fondée sur les émotions


L’apprentissage de la musique est un continuum logique pour Bastien : désir d’apprendre, engagement ludique, plaisir de l’écoute de la musique. Malgré ses 15 ans de pratique, il se reconnait des lacunes et éprouve le besoin de reconstruire ses connaissances en repartant des fondamentaux. « Ce qu’on vient résoudre, c’est un problème mondial ». Pour Bastien, Meludia est une "innovation philosophique" au sens où il propose de changer le paradigme de la formation musicale en débutant par l’entrainement de l’oreille avant de s’attaquer à l’écriture de la musique, le solfège. « L’analogie avec le langage nous parle beaucoup chez Meludia parce qu’on pense que la musique est un langage. L’enfant découvre sa langue maternelle en étant immergé dans un bain sensoriel, puis il apprend à parler vers 3-4 ans et, vers 6 ans, il apprend à écrire alors qu’il sait déjà parler, former des phrases pour s’exprimer. Or dans la musique on fait l’inverse : on apprend à lire avant de savoir parler et surtout comprendre ».

Et la méthode Meludia va encore plus loin, grâce aux principes fondamentaux de la musique mis en évidence par Vincent Chaintrier. Trois échelles composent cette méthode : la perception de la musique, ses 7 dimensions et les niveaux d’apprentissage des élèves. Meludia concrétise tout d’abord la théorie dite "SEMA" (Sensations émotions mémoire analyse). L’objectif est de se focaliser sur les éléments basiques, les syllabes de la musique, c’est à dire "les intervalles", et d’améliorer la reconnaissance directe des signatures émotionnelles pour ainsi construire son propre chemin émotionnel. « Meludia recrée cette expérience de manière ciblée, intensive et directive ». La méthode s’appuie sur un modèle de la musique en 7 dimensions : rythme, spatialisation, dynamique, formes, timbre, mélodie et harmonie. « En faisant le croisement entre le SEMA et les 7 dimensions, nous nous sommes posés beaucoup de questions comme croiser le rythme et les sensations, etc. » À partir de ces questions, Vincent Chaintrier a construit des exercices ludiques qui permettent de se former séquence après séquence, selon quatre niveaux (débutant, intermédiaire, avancé et expert). « Je voulais qu’on s’adresse aux débutants : la grande majorité des musiciens ont un niveau d’oreille débutant et c’est dommage. Les génies quant à eux ont trouvé des moyens, conscients ou inconscients, de développer leur oreille mais sont souvent bien incapables de l’enseigner ».


Une plateforme ludique pour toutes les oreilles


Disponible sur le web, et bientôt sous la forme d’une application mobile, la plateforme Meludia compte déjà plus de 600 exercices et d’autres suivront. « Grâce à la plateforme que nous avons construit, nous avons désormais beaucoup de retours d’expérience et une vision à long terme. Nous savons exactement où nous souhaitons aller et comment y aller ». Avec son approche, la startup a levé 500 000 euros auprès d’investisseurs américains, français et anglais en 2014, a remporté de nombreux prix, à commencer par le prestigieux concours Lépine qui récompense les inventeurs à la finale du Concours de la meilleure innovation musicale au Festival SXSW d’Austin, en 2015. Lors de la Pitch Session de MaMA Event qu’elle a remporté en 2014, le jury avait salué cette startup pour cette innovation à même de former plus de professionnels de la musique compétents, à commencer par les musiciens, mais pas que. La plateforme s’adresse en effet à tous ceux qui souhaitent avoir une bonne oreille musicale et, de ce point de vue, elle inclut en priorité les médiateurs de la musique (professeurs, coach, réalisateurs, etc.) et les techniciens. Bastien évoquait avec nous le rôle de l’ingénieur du son comme le « reflet du travail de l’artiste », dont le rôle est d’amplifier et de bonifier ce travail et regrettait que certains se cloisonnent à leur oreille fréquentielle plutôt que faire un pas vers l’artiste en partageant sa perception de la mélodie.

En 2015, la startup a aussi initié un nouveau projet au CentQuatre, le Meludia Store. Profitant de son incubation au 104 Factory, elle a effectuée une expérimentation grandeur nature auprès des 500 000 visiteurs annuels du centre culturel. Parents et enfants pouvaient suivre des cours d’une heure sur les musiques de films pour faire le lien entre monde réel et Meludia en utilisant les bornes interactives à disposition. Sans obligation d’inscription régulière, l’idée de Meludia était encore une fois « d’ alléger le poids de l’apprentissage et de fournir des clés de compréhension de la musique utilisables au quotidien ».


Un évangélisme salutaire pour les écoles de musique


La plateforme Meludia compte désormais des utilisateurs dans 146 pays et dans des écoles de musique du monde entier, dont le prestigieux Curtis Institute of Music à Philadelphie. « Le plus gros frein au développement de Meludia dans les écoles est le manque d’informatique. L’avantage étant que les élèves peuvent librement utiliser Meludia chez eux ». En dépit de ce manque d’équipement, de professeurs peu sensibilisés et formés, de la résistance au changement de pédagogie, la startup bénéficie d’une attractivité et d’un rayonnement croissant auprès des écoles de musique. Peut-être grâce aux personnalités et institutions qui l’entourent : son programme Ambassadeurs rassemble déjà des grands noms de la musique tels Thomas Hampson, Nicola Benedetti, Joseph Calleja, Leonard Elschenbroich, Kevin Kleinmann (La Sorbonne), Michael Cuthbert (MIT)… « Notre stratégie, c‘est de nous déployer dans les meilleures écoles du monde et d’avoir comme ambassadeurs des artistes reconnus qui ont un pied dans la pédagogie. La question n’est plus de savoir si nous allons y arriver, mais quand ».

Meludia est un « pur produit français » selon Bastien, et c’est pourtant hors de l’hexagone que la startup conclut ses plus belles et médiatiques opérations. Exemplaire en matière de transition numérique, la République d’Estonie a offert un mois d’abonnement à ses 1,3 millions de citoyens en cadeau de Noël 2015 (lire sur Maddyness). Malte a emboîté le pas, en proposant un accès gratuit à la plateforme à ses 450 000 résidents (lire sur Irma.asso.fr). Alors au suivant !


Fabrice Jallet (sur Twitter avec un F)