Rekyou, marketplace des studios d’enregistrement

Publié le vendredi 27 avril 2018

Starting Blocks

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Réserver quelques heures d’enregistrement en ligne, c’est désormais possible avec la dernière version de Rekyou, la marketplace qui recense les studios et les home studios pour la prise de sons, le mixage et le mastering. Pendant sa sortie grand public, nous avons rencontré son cofondateur, Josué Bananier, qui revient sur l’histoire de la startup.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Le marché de l’enregistrement de musique n’est pas le plus transparent, ni le plus facile à appréhender pour les artistes au démarrage. Certains ont la chance de pouvoir s’en remettre au bouche à oreilles ou à des agences qui renseignent sur les bons plans ou le bon son, au mieux un label qui les accompagnent au moment de franchir la porte d’un studio professionnel. Pour les autres, les parcours peuvent être plus chaotiques, quelques fois démotivants. Les dernières années ont beaucoup profité aux home studios ainsi qu’aux formations et tuto techniques, notamment dans le hip hop et les musiques électroniques. Les solutions sont donc plurielles, encore faut-il s’y retrouver dans ces offres. S’inscrivant dans l’économie collaborative, Rekyou tente aujourd’hui de faciliter la recherche et la réservation de studios d’enregistrement et de créer de la valeur avec la location de studios chez des particuliers. Avec de nouveaux usages et dans un environnement qui pousse les artistes à publier toujours plus vite leurs productions, des services peuvent contribuer à fluidifier et à sécuriser les pratiques, voire à professionnaliser les acteurs.

Réseaux sociaux et places de marchés dans l’écosystème MusicTech

Les startups ayant pour activité principale la mise en relation ont fait bondir la part de la catégorie « Réseaux sociaux, places de marchés » à 12% du total des 334 startups. C’est l’un des résultats notables de la 2è édition de l’ Enquête sur les Startups de la musique publiée en octobre 2017 par l’IRMA. Plusieurs services tentent de faciliter le parcours des musiciens.


Rassembler les studios sur une plateforme


Les fondateurs de Rekyou sont originaires des Antilles, Guadeloupe et Martinique, tout trois venus poursuivre leurs études en Métropole. Fin 2015, Josué reprenait les siennes pour obtenir un bachelor Tourisme à l’ESC de Troyes qu’il terminait avec un stage dans une startup développant une marketplace dans le secteur du loisir. La musique occupait son temps libre, en particulier le management d’un artiste. C’est en l’accompagnant qu’il découvre les difficultés pour trouver un studio d’enregistrement compte tenu de leur budget, de leur éloignement et des compétences des techniciens qu’ils ne connaissaient pas encore… Autant d’incertitudes qui les ont freiné dans leur démarche. En faisant le pont avec son job, eurêka ! : « pourquoi ne pas allier les deux, se dit-il ? Référencer des studios d’enregistrement pour faciliter la recherche des artistes et augmenter le taux de réservation grâce à une plateforme ». Il en parle alors à son frère, jeune contrôleur de gestion, qui a tout de suite accroché à l’idée… « Il est devenu fou dans le métro, se souvient Josué, puis on s’est vite mis à travailler sur ce projet ». Josué à temps plein et Alexandre pendant son temps libre.

Pendant un an, les deux frères structurent leur idée. « On avait listé ce qui nous manquaient », à commencer par les connaissances en entrepreneuriat. Ils repèrent un programme d’1 mois et demi à l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique) où se former à la création d’entreprise : développement de concept, business plan, étude de marché… « L’Adie a été notre premier interlocuteur, ils nous ont aussi accompagné sur le microcrédit qui nous a permis de financer la beta du site ». « On avait aussi besoin de quelqu’un qui puisse retranscrire nos besoins dans le dialogue des développeurs et des agences ». En juin 2016, ils rencontrent Ignace Laurent alors développeur et consultant auprès de grands groupes après être sorti de Sup’Info. Ce dernier s’associe et reprend le suivi du développement externe du MVP (Minimum valuable product). Fin 2016, les entrepreneurs commencent à itérer avec pour première étape la recherche de studios. « On a d’abord pris l’annuaire puis on a ratissé Google, Facebook et Instagram pour trouver ceux qui ont eu la merveilleuse idée de créer un site internet ou une page et donc d’être référencés. On a aussi passé des heures sur Le Bon Coin, les forums d’Audiofanzine, de Woodbrass… », énumère Josué. Les fondateurs de Rekyou ont ainsi traqué toutes les présences numériques des studios et, lorsqu’ils les ont identifiés, ont envoyé des messages et pris leur téléphone afin de les convaincre d’ouvrir les boites noires de leur studio.


Les home studios, de l’ombre à la lumière


Certains home studios sont professionnels, éditent des factures mais la plupart œuvrent dans l’ombre, parfois en complément d’une autre activité pour arrondir leur fin de mois. C’est le cas d’ingénieurs qui ont des postes dans des salles ou à la télévision et qui avaient monté leur studio à la maison après leurs études. D’autres sont autodidactes, comme l’explique Josué : « ils ont pu démarrer d’un projet entre copains, se sont cotisés pour l’achat de matériels, ont récupéré un Logic ou un Cubase et s’essaient à enregistrer. Dans cette bande, il y a le rappeur, le beatmaker et l’ingénieur… ce dernier va bucher le studio plus que les autres et, au bout de 2-3 ans, devient aussi fort qu’un ingénieur du son passé par une école. Cet ingé autodidacte, il veut continuer et en vivre ». Tous les profils entrent sur la plateforme Rekyou : « on se donne pour mission de les rencontrer, apprendre avec eux et s’assurer que leurs services sont de qualité. Par la suite, la communauté fera sont travail ».

« On a passé 2016 à rencontrer des studios, à leur poser des questions, à comprendre leur métier, à découvrir ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas ». Et comment s’articule les différentes fonctions artistiques et techniques, les rôles de chacun.e.s – prise de son, mixage, mastering – ingénieurs du son, DA et réalisation artistique, les spécialités de certain.e.s ou encore le statut freelance d’autres. Certains studios préfèrent aussi travailler dans l’accompagnement artistique tandis que d’autres enchainent les one shots. « On en est ressorti grandi avec l’envie de transposer cette matière dans la plateforme ».


Sécuriser les parcours utilisateurs


Par l’éditorial tout d’abord, la startup présente des annonces de studios les plus claires et les plus simples possibles. Elle accompagne les studios à se mettent en valeur leur lieu et l’ingénieur du son, qu’ils se sentent valoriser par leur travail. Ils ajoutent des références et des photos qui aident les utilisateurs à mieux se projeter et les tarifs pour s’ancrer dans la réalité de la production. 80 studios dont 30 chez des particuliers composent actuellement une communauté, en majorité francilienne, qui s’étire sur le territoire français et francophone (il y a un studio belge). Le parcours de l’artiste est le suivant. Un moteur de recherche lui permet de trouver l’offre qui lui convient grâce à des filtres (type de studios - at home ou non, localisation, tarif, genre musical). Une fois le studio trouvé, la disponibilité assurée et la commande passée, le paiement peut être effectué grâce à la brique Mangopay dont Rekyou prélève une commission de 10% pour les studios et 15% pour home studios. Depuis peu, les artistes peuvent aussi créée et enrichir leur profil avec des biographies et des liens.

« On s’est demandé comment recréer ce lien de confiance entre l’artiste et le studio sachant que nous allions faire se rencontrer des personnes qui ne se connaissent pas. La solution après la mise en relation et le paiement sur la plateforme, c’était l’assurance ». Avec son partenaire la Maif, Rekyou assure les risques jusqu’à 15 000 € afin de couvrir le matériel en cas de dommages dans un studio comme chez l’habitant. Après tout, il est aussi possible de louer un studio sans la présence d’un technicien ou du propriétaire… Et comme les plateformes modèles qui les ont inspirées, les communautés peuvent s’évaluer avec des étoiles et des commentaires, la V2 du site permettant aussi d’évaluer les artistes. « Ce sera un gage pour eux si souhaitent réserver un autre studio ». A souligner tout de même que la qualité artistique n’entre pas dans les critères de notation recommandés par la plateforme, qui préfère qualifier le comportement et le professionnalisme. Le processus est terminé, il ne resterait plus qu’à publier les morceaux pour les soumettre aux jugements des premiers fans en attendant le buzz viral.


Devenir leader sur le marché français en misant sur le hip hop


Avec le MVP en décembre 2017, 200 artistes se sont inscrits sur la plateforme et plus de 250h de studios ont été réservées, surtout par des artistes hip hop. « Je manageais un rappeur et on est allé naturellement vers des studios qui étaient aussi dans le rap. Puis on s’est rendu compte que la majorité de ceux qui réservent aujourd’hui étaient dans ce style même si la plateforme s’adresse à tous les styles de musique ». La startup a été doublement incubée pendant 6 mois entre l’Espace E de La Place et Ionis 361 : la Place pour « comprendre comment s’articule l’artistique, les réseaux et le business d‘un point de vue "métier de la musique" » et le groupe Ionis « pour son écosystème entrepreneurial », d’après Josué. Avec pareille incubation, les 3 fondateurs vont à présent dérouler leur stratégie de lancement en misant sur le hip hop.

Pour se faire connaître, la startup prépare actuellement des événements à Paris (openmic, concours de beatmakers…), conclue des partenariats avec des marques, notamment avec Woodbrass, avec qui la startup développe des opérations, et communique sur les réseaux sociaux. « On va chercher les artistes là où ils sont ». 2018 est une année décisive, Rekyou convoite la place de première plateforme en France avant de se projeter à l’international : « on veut maitriser notre marché avant de partir, avoir une bonne base d’artistes sur place, bien communiquer avec eux et les orienter vers les studios. Si on arrive à bien s’implanter sur le marché français, on pourra partir tranquillement à l’international ».



Crédits Photos : Sebastien Girod


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