Rhythm & Town, la musique transmedia

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Publié le lundi 24 avril 2017

Starting Blocks

#Captation #Vidéo #VR #Binaural #Spectacle

Après 3 ans de recherche du modèle idéal et viable, Rhythm & Town s’installe au Mila et se spécialise dans la production audiovisuelle innovante. Réalité virtuelle, transmédia, nouvelles écritures sur le web et sur mobile composent le quotidien d’une startup pour laquelle l’artistique prime avant tout. Son dirigeant Pierre Blaise nous présente son pivot.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




Bousculé par les usages, les modèles économiques de la videolive restent fragiles. Culturebox et les Nouvelles Écritures de France Télévisions, Arte Concert pour la chaîne franco-allemande, Studio+ pour Canal + ou encore des pure players comme Blackpills ou Spicee sont les médias français qui investissent un marché des nouveaux formats culturels du web en plein essor face au géant Netflix. Dans cette course, une startup s’était lancée fin 2014. Rhythm & Town promettait aux artistes de les faire émerger en produisant des vidéos HD de leurs concerts, mises en ligne sur une plateforme de streaming dédiée et même vendues aux diffuseurs.

Après 3 ans de recherche de modèle économique viable, les fondateurs scindent le projet et c’est Pierre Blaise qui poursuit l’aventure en solo pour la diriger vers l’artistique et la production audiovisuelle. Une formule réduite qui séduit les diffuseurs, les marques et les labels.


Des vidéos HD pour montrer la scène émergente


Les cofondateurs se rencontrent fin 2014 lors d’un enregistrement au conservatoire de Paris. Pierre Eligny-Magrangeas (PierreE) et Matthieu Desquilbet sortaient juste de l’Ecole Centrale de Paris, tandis que Pierre Blaise finissait son cursus d’ingénieur du son-musicien au conservatoire de Paris. Ensemble, ils pensent que les moyens de production et les supports de diffusion évoluent, qu’il faut inventer de nouvelles manières de faire connaître les artistes. Leur idée : mettre la scène indépendante en lumière grâce à des vidéos HD. « On identifiait les artistes, on leur donnait de la visibilité avec notre média et on vendait ces vidéos pour rémunérer les artistes ». Pierre est alors le directeur artistique du trio, tandis que Matthieu et PierreE se chargent respectivement du développement de la plateforme et de la construction du modèle économique. Ils installent leur studio au Soft à Ivry-sur-Seine où la startup dispose de vastes locaux et de l’émulsion de la friche aux diverses disciplines culturelles et artisanales. « On cherchait une synergie entre art et technologie, que l’on retrouve aujourd’hui au Mila » (Mila où ils résident actuellement).

La première année et 6000 € de cash pour démarrer, le trio enchaîne les captations de concerts dans des « salles mythiques de la scène indépendantes parisiennes » (Petit Bain, Flèche d’Or, Divan du Monde, Maroquinerie…) avec des plateaux artistiques thématiques conçus en partenariat avec un producteur de spectacles comme Le Fake. « On cherchait comment valoriser les artistes et accrocher le public avec beaucoup d’expérimentations sur les formats de vidéo : formats longs, pastilles… ».

PierreE s’était exprimé lors d’une interview donnée dans le focus consacré aux évolutions du marché de la videolive (l’article et les interviews ) Il faisait part des nombreuses innovations en matière de vidéo et de marketing.

Pierre Blaise se souvient aussi de cette période de R&D « On s’est vite intéressés à la réalité virtuelle. En 2015, Matthieu et moi avons monté un premier projet test sur Cardbord, présenté à MaMA Invent. On avait une queue de 30 personnes sur notre stand…. C’est là qu’une agence a pris contact avec nous, ce qui a abouti au live de Yael Naïm à 360° ».


S’intégrer au marché de la vidéo entre artistes et diffuseurs


En 2015, Rhythm & Town est sélectionné dans la 1re promotion de la Nurserie d’Audiens. Pendant un an, les startupers se rendent à Vanves pour bénéficier de l’accompagnement de l’incubateur et de l’expertise du groupe de prévoyance spécialisé dans la culture et les médias. « Tous les grands médias sont dans leur carnet d’adresses et ils organisent des déjeuners networking pour nous présenter. Puis c’est génial d’avoir une personne comme Aude Merlet pour nous aider ». Au cours de leur incubation, les jeunes entrepreneurs découvrent les besoins des diffuseurs en matière de nouveaux contenus : « J’ai compris qu’il y avait un terrain d’innovation artistique vaste et séduisant avec les médias même si les échanges prennent du temps », raconte Pierre. « Culturebox a été notre premier interlocuteur et nous développons actuellement un projet avec Arte Concert ».

Rapidement en effet, ils s’aperçoivent de la complexité du modèle entre l’investissement nécessaire à la production des vidéos, le développement de la plateforme, sa promotion et de la vente des contenus. « On voulait devenir le Netflix de la vidéo de concerts, on était très ambitieux. Dans le même temps, les diffuseurs se mettaient sur ce créneau des nouvelles écritures. Alors on s’est recentrés sur la production audiovisuelle ». Depuis Rhythm & Town se présente comme une nouvelle brique connectée entre l’artistique et la diffusion qui se nourrit de toutes les technologies pour produire de nouvelles histoires.


Création artistique et scalabilité


Cette aventure startup a nourri Pierre qui en conserve l’esprit même s’il juge que la scalabilité sied peu à l’artistique. « On se définit en tant que startup dans nos contenus, pas dans notre modèle économique. C’est un choix que j’assume et qui me permet de parler avec des distributeurs installés avec des idées nouvelles pour eux. France TV a une grosse force de frappe et notre rôle consiste aussi à les accompagner dans leurs projets innovants, dans leur transformation numérique ». Avec chacun de leurs partenaires – diffuseurs, labels et marques – c’est donc le modèle d’agence qui convient. « La production audiovisuelle liée à l’artistique n’est pas scalable, si ce n’est au détriment de la qualité artistique ».

Aux côtés de ses associés, Pierre s’est rapidement mué en chef d’entreprise. À seulement 26 ans, il prend déjà du recul sur sa formation : « on nous apprend à être artisan, à être très bon prestataire mais il nous manque l’esprit entrepreneur. Je pense qu’il faut faire entrer des entrepreneurs au conservatoire pour motiver les étudiants. Cette dynamique entrepreneuriale peut être fascinante aussi quand elle est montée par des gens qui ont un propos artistique ».

Passionné par la data et la diffusion de contenus, PierreE poursuit ses recherches avec un nouveau projet incubé au Cargo tandis que Matthieu a rejoint une startup spécialisée dans la cybersécurité tout en restant au board stratégique Rhythm & Town.


Le transmedia, nouvelles opportunités pour l’artistique


« Les formats vidéo raccourcissent, la playlist remplace l’album, le nombre de vues remplace le nombre de ventes, mais la musique est toujours nécessaire et demandée : comment suivre et profiter de ces changements d’habitudes qui se transforment pour nous en changements d’écriture ?  », s’interroge Pierre.

La transposition des contenus vers le web était une étape. Rhythm & Town explore de nouvelles écritures audiovisuelles et de nouveaux formats (websérie, documentaire, transmedia), son binaural, de narration (live, scénario, linéarité ou interactivité)… pour ces nouveaux médias. « Pour nous, la vidéo n’est pas un message promotionnel mais une œuvre. Nous vivons une époque fabuleuse avec toutes ces technologies qui nous arrivent et qui donnent beaucoup de possibilités à notre imagination ».

« Le futur de l’album c’est peut-être l’EPK [electronic press kit]. C’est un format qui m’intéresse beaucoup : des vidéos qui mélangent des interviews, du live, des moments de vie de l’artiste… c’est un mini-docu lié aux playlists de l’artiste sur les plateformes de streaming, des comptes sociaux… Comme le pro, le public est curieux. Il s’intéresse à l’artiste au-delà de sa musique : son style, sa philosophie, ses idées… ». Ainsi Pierre pense que les producteurs peuvent désormais aller plus loin que le format album, mélanger les sens et explorer d’autres perceptions.

Exemple comparatif de son stéréo/binaural

« Aujourd’hui, on s’intéresse beaucoup au son binaural pour s’adapter à l’écoute au casque ». Et pour être à la pointe de la technologie, la jeune pousse s’entoure de techniciens innovants et spécialisés comme Neotopy pour la VR, Veemus pour le son binaural, Current Production et son système de captation / diffusion multicaméra Omnilive

L’équipe compte 3 salariés avec Morgane et Déborah en charge de la production mais elle varie selon les projets. Comme lors du dernier concert donné au Studio Davout, celui du jeune compositeur et pianiste Guillaume Poncelet qui pour cette fois était entouré de ceux qu’il accompagne habituellement : Ben Mazué, Gaël Faye, Thomas Azier… Un ultime enregistrement live qui sera diffusé sur Culturebox. Quelques jours plus tard, c’est Zebrock qui sollicitait leurs services pour la réalisation d’un webdoc sur des artistes accompagnés dans le Grand Zebrock. La semaine dernière, l’équipe se déplaçait à Bourges pour le tournage de la websérie French VIP initiée par la SACEM. D’autres projets suivront comme ceux des voisins du Mila (Alto, Kamiyad, NoMadMusic…). Le tableau des projets affiche complet.


Fabrice Jallet (sur Twitter avec un F)

Crédits photos : Ludivine Nakedcat, Marie Gombeaud-Antoine, Loïc Guilpain