"Une technologie sécurisée, transparente et sans centralisation"

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Publié le mardi 8 novembre 2016

Interviews

Eddie AUBIN

« Ce qui est intéressant dans cette technologie, c’est sa capacité à gérer le changement de propriété, autrement dit le transfert de propriété d’un actif numérique ou physique »


Dirigeant fondateur de MyOpenTickets, le premier cluster de la billetterie en France. Il a fondé et dirige également le magazine spécialisé MaGestionBilletterie.com. Il est également vice-président en charge du secteur "ticketing" à World Of Blockchains.


- Quelles sont les applications possibles de la blockchains sur la billetterie ?

Tout d’abord il est bien de préciser qu’il n’existe pas "une" mais des blockchains. La blockchain, en elle-même, peut être envisagée comme un nouveau mode de transaction dans plusieurs secteurs, en particulier dans la billetterie, pour sécuriser les transferts de billets et d’argent. Cependant, son introduction réelle dans le commerce en ligne reste encore soumise à des interrogations, notamment concernant son implémentation, l’éducation des publics, et la place des opérateurs de billetterie dans ce nouveau système. Au niveau du droit, l’Union européenne observe, avant de proposer des solutions de régulation (Cet été, des députés ont défendu deux amendements qui font référence à la blockchain dans le cadre de la loi Sapin sur la transparence financière et la lutte contre la corruption).

- Et sur le cashless ?

Effectivement, ce système de transaction pourrait être utilisé également dans le domaine du cashless : le chargement des supports RFID/NFC serait plus transparent, à la fois pour les prestataires de cashless, les organisateurs d’événement et les spectateurs, qui pourraient se transférer de l’argent entre eux, de manière plus simple.

- Est-ce réellement plus sécurisé que d’autres systèmes ?

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée, transparente et sans centralisation. Concrètement, cette technologie est issue du Bitcoin, cette monnaie virtuelle, anonyme et sécurisé crée en 2009. Pour effectuer une transaction, il n’y a plus besoin de tiers de confiance, d’infrastructure et d’administration, l’échange se fait directement entre les deux entités. Le réseau blockchain permet de sécuriser ces échanges en les rendant publics. Seul l’anonymat des utilisateurs est préservé. Ainsi, chaque utilisateur connecté au réseau héberge une copie des échanges effectués, et dès qu’un bloc de transactions est validé, il est ajouté au registre des échanges, formant la blockchain. Une blockchain est une forme de livre comptable public, une gigantesque base de donnée ouverte et distribuée, que chacun est libre de consulter pour vérifier que les échanges effectués sont bien valides. C’est en cela que la sécurité est au coeur même du système.

- La blockchain permettrait-elle de régler la question du marché marché noir ? Si oui, comment ?

La blockchain pourrait servir à sécuriser le second marché (le marché noir en France), en validant les billets vendus de particulier à particulier. De plus, la revente de ces billets via cette technologie permettrait aux organisateurs d’événements et artistes de percevoir une commission supplémentaire dans la revente de ces billets, au détriment des plateformes de revente non autorisée par le producteur ou ayant droit.

Ce qui est intéressant dans cette technologie, c’est sa capacité à gérer le changement de propriété, autrement dit le transfert de propriété d’un actif numérique ou physique. Grâce à l’enregistrement d’une transaction dans le registre Blockchain, l’identité du vendeur et de l’acheteur sont certifiées, l’identifiant unique de l’actif et l’horodatage associés à la transaction sont garantis et ne peuvent pas être modifiés.

- Y’a-t-il eu des expérimentations ? Ont-elles fonctionné ?

Nous ne sommes qu’au début des expérimentations dans notre secteur, même si l’on peut déjà craindre que de nombreux blocages se feront sentir sur le second marché (en terme de lobbying notamment), car la blockchain va permettre d’éradiquer les nombreux sites de revente non officiels qui pullulent sur la toile.

À l’étranger, des startups ou des acteurs de l’entertainement planchent sur de nouveaux services basés sur cette technologie, mais ce ne sont que des projets exploratoires pour le moment. En France, un acteur a développé en secret une technologie basée sur la blockchain. Je ne peux en dire plus pour le moment, tant le sujet est sensible et concurrentiel. Des essais sont en cours avec certains de leurs clients. Dès que nous aurons l’autorisation de communiquer dessus, nous ne manquerons pas d’en faire un sujet au sein de la rédaction de MaGestionBilletterie.com ou un débat dans l’une de nos prochaines animations.