Whojam, le jam participatif en ligne

Version imprimable de cet article Version imprimable  

Publié le lundi 29 juin 2015

Starting blocks

#pratique #promotion #live #enregistrement

Whojam, c’est le jam à l’heure des réseaux sociaux. La plateforme propose aux musiciens de jouer de la musique à plusieurs en enregistrant des vidéos musicales collaboratives. Partenaire de la Fête de la musique cette année, la startup a fait jammer les internautes avec Ibrahim Maalouf. Rencontre avec son fondateur, Stan Amsellem.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




JPEG - 18.5 ko
Stan Amsellem, fondateur de Whojam

Peut-être faites-vous partie de celles et ceux qui se sont essayés à jammer en ligne avec Ibrahim Maalouf lors de la dernière fête de la musique ? Si oui, alors vous avez utilisé Whojam. Pour son lancement officiel, la startup jouait l’entremetteuse entre des musiciens amateurs et le médiatique trompettiste, lors d’une opération spéciale : Improvisez avec Ibrahim Maalouf. « Ibrahim était dans la programmation officielle et il a accepté de jouer avec nous. C’est vrai que nos visions s’accordent sur de nombreux points, il le montre souvent dans ses initiatives, comme l’énorme jam session à laquelle il a participé dimanche au Palais Royal ». Whojam, c’est la plateforme qui permet aux musiciens de jouer de la musique à plusieurs en enregistrant des vidéos musicales collaboratives. Une idée qui a germé dans la tête de Stan Amsellem.

Un Chat-Roulette pour les musiciens

2011. Stan est étudiant à l’ESCP. Il passe ses journées à chasser l’ennui. Il réfléchit à 1 000 concepts pour monter une startup. Très proactif, il organise dans son école les conférences Students4MusicInsights sur l’industrie musicale. L’une d’entre elle se transforme le temps d’une édition en soirée MuTe - Music & tech ecosystem meet-up chez Deezer. Le reste du temps, il joue de la guitare, chine des partitions sur le net.

C’est alors qu’il tombe sur des vidéos qui, pour celles et ceux qui s’en souviennent, ont fait le buzz : celles du projet Playing for change (montage d’enregistrements d’un même titre réalisés aux quatre coins du monde), puis celles duParanoid android Youtube artists mix. C’est une révélation. Il pense d’abord à construire un agrégateur de covers sur lequel on pourrait aisément naviguer, mais il veut aller au-delà, pour connecter les musiciens en simultané. 2011, c’est aussi l’année d’arrivée de Chatroulette en France. Comme beaucoup de curieux, il essaye la plateforme de visiochat. Et comme tout le monde, se retrouve face à « des mecs chelou, souvent à poil ! ». Il insiste, et finit par tomber sur un joueur de djembé, qui plus est habillé ! Après un échange rapide, ils se lancent dans une jam sur… Jamming, de Bob Marley. Normal. « C’était affreux : on ne s’entendait pas, on n’était pas synchro, ça laggait… Mais il s’est passé un truc extraordinaire : on ne se connaissait pas, nous ne nous serions jamais rencontré ailleurs, et on a joué ensemble, derrière nos écrans, connectés avec nos instruments ». Stan tient enfin son concept de startup.

Connecter des musiciens en temps réel

Pas versé dans l’art du code, Stan fréquente alors les lieux du web. Il étend son réseau, observe, pose des questions et apprend. Avec trois associés vite trouvés, il concrétise son idée après un hackathon organisé par DailyMotion. La startup intègre ensuite la 5è promotion de l’incubateur Idenergieà Laval, en Mayenne, où l’entreprise a installé son siège. Le concept plaît, et Whojam remporte d’autres concours, qui permettent d’accéder à des financements : « jusqu’à présent, nos financements sont composés de subventions et de concours. On en a gagné 5 ».

Pour connecter les musiciens en temps réel, Whojam repose sur deux briques principales : les composants WebRTC (Real Time Communication) pour le streaming bidirectionnel de fichier audio (micro) et vidéo (webcam), couplés au module Web Audio pour Chrome pour le traitement du son et du signal audio. « La spécificité de Whojam, c’est d’être "full-browser", qu’il n’y ait rien à télécharger, ni plugin ni logiciel. On fera une appli sur mobile et c’est tout. Le navigateur devient un vrai logiciel, accueille des fonctionnalités et développe de la puissance. Nos technos exploitent cette puissance », détaille Stan.

Construire un écosystème pour le jam

En janvier dernier, Whojam connaît une crise. Dorénavant seul et plus libre de ses choix, Stan relance le projet et recrute une nouvelle équipe. Ensemble, ils redéveloppent la techno pour fluidifier les flux et repensent l’architecture du système d’information pour pouvoir "scaler". « Là, on est en phase de levée de fonds pour un amorçage. Aller plus vite, plus loin : embaucher et créer les conditions pour développer notre modèle économique ».

Stan imagine déjà deux modèles complémentaires. « La base du service sera toujours gratuite : faire des vidéos à plusieurs, rencontrer des musiciens sera toujours gratuit. Mais dès que l’utilisateur voudra se professionnaliser dans son usage, on lui proposera des fonctionnalités payantes ». Des effets audio et vidéo pour customiser vidéos et pistes son devraient s’ajouter prochainement, de même qu’un nouveau système d’échanges de fichiers. « Les musiciens collaborent déjà beaucoup à distance. Ils utilisent Dropbox, WeTransfer ou Gmail, qui n’ont pas été conçus pour la musique. Nous allons proposer un petit écosystème qui s’inscrit dans les usages des professionnels pour leur faciliter la vie ».

Pour permettre de lier des applications d’apprentissage (partitions en ligne, accordeurs, karaokés, loops, samplers), Whojam s’attelle également au développement de son API. « Au lieu d’ouvrir de multiples applications, on aimerait arriver à tout centraliser sur Whojam, pour devenir le lieu et le moment pour le jam ». Le but est aussi de faire la part belle à une pratique amateur de qualité, et favoriser les ponts avec les professionnels.

Monétiser des contenus collectifs

Whojam envisage aussi d’exploiter les contenus audiovisuels créés. Via Youtube tout d’abord, par un système de revenue share, pour répartir les gains entre les participants. Via des annonceurs ensuite, qui pourrait utiliser la plateforme pour créer de nouvelles formes d’engagement. « Aujourd’hui, pour les annonceurs et les marques, la notion d’engagement se réduit souvent à liker ou commenter une vidéo. On peut aller beaucoup plus loin, avec de la création participative de contenus. Whojam est un moyen original de le faire ». Pour l’heure, les contenus sont produits sous licence en Creative commons qui interdit la commercialisation. « Lorsque nous monétiserons, nous essaierons de conclure des deals avec les artistes, les ayants droit et les utilisateurs de Whojam qui participent. On explore le sujet… ».

Après un lancement réussi avec l’opération autour d’Ibrahim Maalouf pour la fête de la musique, Whojam va s’attacher, dès cet été, au développement des fonctionnalités premium. Stan Amsellem envisage par ailleurs de jalonner l’année à venir d’événements spéciaux : « on va trouver des lieux, des contextes et des prétextes originaux et qui nous parlent à tous, pour mettre en avant certains musiciens ». Et pourquoi pas de nouvelles soirées MuTE : « c’est dommage qu’il n’y en ait pas eu cette année, ça répond à un vrai besoin pour les startups et les professionnels ». A suivre dès la rentrée !


Fabrice Jallet

Documents joints