munki, le streaming audio jeune public

Publié le mercredi 7 mars 2018

Starting Blocks

#Streaming #JeunePublic #UserCentric

Après 5 années de R&D, le premier service de streaming audio jeune public s’apprête à lancer son offre aux particuliers. Pensé à la fois comme une plateforme pour les enfants de 0 à 8 ans accompagnés par les médiateurs de la culture (parents, médiathèques, petite enfance), munki segmente l’écoute musicale en ligne et initie en France le mode de répartition des royautés centré par utilisateur. Bonne occasion de revenir sur cette startup avec son président Patrick Fabre.

À mi-mois, on lève la tête du guidon et on s’intéresse à l’innovation. Starting Blocks c’est des entreprises, des activités innovantes, et celles et ceux qui les font ! Et tout ça, dans la musique !




La musique est entrée dans l’« âge de l’accès ». Le streaming est le mode d’écoute qui domine les usages sur un marché global de la musique en reprise de croissance. Les plateformes de streaming généralistes, pure players et verticales de GAFA, se disputent les marchés de streaming financé par la publicité, des abonnements mensuels et les précieuses données d’usages. Alors qu’elles s’apprêtent à mener la bataille des smartspeakers, certaines franges du marché poursuivent leur transition numérique, comme munki, un service adressé aux enfants de 0 à 8 ans.


La technologie au service des acteurs culturels


Cela fait plus de 25 ans que Patrick Fabre tisse des liens entre les technologies web et la culture. Passionné et formé par les lettres modernes et la philosophie d’une part, les mathématiques, la physique et l’informatique, d’autre part, Patrick débute sa carrière comme traducteur technique et auteur d’ouvrages sur l’informatique pour des éditeurs comme Eyrolles, Dunod ou Pierson. Au tournant de la décennie 2000 et après une centaine d’ouvrages, Patrick met ses connaissances en applications et devient chef de projet web en indépendant pour des éditeurs de contenus culturels : radios, magazine, centres culturels… Son credo : mettre la technologie au service des acteurs culturels. Il développe des fonctionnalités de streaming audio et vidéo, des moteurs de recherche… « On avait des technologies émergentes. La question était de savoir comment s’emparer d’outils qui n’étaient pas démocratisés comme le XML dès 98, Flash, puis le RTMP aux premières heures du streaming. Les technologies sont toujours au service des usages et des pratiques, j’étais passionné par l’évolutivité de ces outils. »


Mirozoo Lab à la recherche d’un modèle de soutien de la création jeune public


Tout commence en 2012, quand Patrick reçoit l’appel d’une artiste Jeune public qui lui demande : « Patrick, il faudrait qu’on réfléchisse à la crise du disque et à la transition numérique pour les labels jeune public ». Un « électrochoc », se rappelle Patrick qui accepte à une condition : mener ce projet à fond. Il se forme en groupe avec d’autres passionnés. Patrick y planche pendant des mois, lit tout ce qui avait été publié sur le sujet : les rapports ministériels, les études de marché, les articles de presse… « En pleine crise du disque, tout ce qui s’écrivait, aussi intelligentes et légitimes qu’étaient ces analyses, était toujours macro-économique et jamais segmenté », remarque Patrick. « Une des grandes difficultés pour le segment du jeune public, c’est qu’il n’y avait pas de chiffres précis, alors on faisait des croisements, des analogies pour comprendre ce marché, sa taille et son fonctionnement ». Bien que les productions pour le jeune public aient trouvé une valeur refuge avec le livre-CD, la faiblesse des revenus de ces producteurs sur les plateformes généralistes pousse les entrepreneurs à réagir. « On a préféré distinguer ce modèle non seulement du modèle industriel, mais même de celui des indépendants : c’est l’artisanat qui colle mieux à la réalité des producteurs jeune public. On s’est dit que dans tout ce qui était proposé pour ranimer l’industrie, on était à côté de la plaque pour le Jeune public et qu’il fallait repartir de zéro pour repenser complètement un circuit capable de financer la création à nouveau. C’était une démarche de réflexion ouverte dont le but était d’inventer de nouveaux modes pour valoriser ces contenus ».

Patrick et ses 4 collaborateurs créent Mirozoo Lab et intègrent l’incubateur Créatis pour amorcer leur projet au sein de ce réseau d’entrepreneurs culturels. « C’est exactement ce que nous étions, une équipe façonnée autour d’un projet qui s’est d’abord formulé en termes de culture, avant de pleinement raisonner en termes de marché ». Bon élève, Patrick s’inscrit à toutes les formations, profite des séances de coaching, échange avec les experts et les autres startups incubées. « La culture d’apprentissage par l’échec n’est pas assez importante en France, souligne-t-il. Outre-Manche, elle est presque naturelle ». La collaboration des startups dans un environnement partagé favorise les échanges d’analyses sur les erreurs des entrepreneurs. Elle permet d’accélérer les parcours des uns grâce à l’expérience (parfois malheureuse) des autres. « On a gagné du temps dans tous les domaines : recherche de financements, juridique, stratégies innovantes, nouvelles méthodologies. Grâce à ces échanges, on a pu faire en une semaine ce qu’on aurait fait en 3 mois ».

Au cours de cette phase de R&D, ils obtiennent les soutiens du FCM, de l’IFCIC et de la DGMIC qui complètent leurs apports personnels et les confortent dans leur démarche. Avec Mirozoo Lab, les entrepreneurs expérimentent la gestion d’une plateforme de contenus audio et vidéo pour les enfants, ils s’attachent à comprendre les usages, le fonctionnement d’un tel service, ce qu’il implique en terme de maintenance et d’évolutivité. « C’était une période très créative pendant laquelle on s’est aussi beaucoup amusé : on a développé une série de cahiers des charges et de prototypes d’applis musicales, soit focalisées sur un album, soit plus parcellaires autour d’expériences ludiques ». Patrick n’exclut pas que ces projets voient le jour si les conditions le permettent. « La R&D c’est bien, mais on aurait pu entrer dans des logiques d’efficacité économique plus tôt encore, car l’activité de production et son euphorie créative captaient encore les fondamentaux du projet », reconnaît Patrick. Fin 2015 et après 2 ans d’expérimentations, les startupers décident de restructurer le projet et finalement de dissocier les processus de création et de production en cédant cette partie des activités au label Ninoz Productions pour que munki puisse émerger comme une plateforme de streaming à part entière. « Le pilotage économique a commandé ce choix d’aller vers une plateforme de streaming pour des raisons de cohérence, d’opportunité et d’urgence. Si le streaming commençait à montrer des signes positifs pour l’industrie, le sort des labels jeune public devenait quant à lui extrêmement alarmant ».


Une plateforme de streaming pour les enfants


Avec son associé Gilles Lévy, développeur senior web et mobile, ils rebaptisent la société qui devient munki en 2016. « On refond complètement le plan de bataille, la marque, ses objectifs, sa stratégie ». Avec ses compétences, Gilles se charge de la partie technique assisté de Patrick : architecture de la plateforme, intégration de catalogues, applicatif, expérience mobile… « On s’appuie sur pas mal de technologies pour construire notre propre plateforme ». Avec munki, les fondateurs souhaitent « proposer une vraie expérience » pour l’accès aux contenus audio jeune public, structurée autour de l’expérience des médiateurs culturels (parents, médiathèques, professionnels de la petite enfance). L’application munki s’organise en deux zones. L’espace « Mon munki » propose une zone dans laquelle le plus jeune enfant peut utiliser l’application en autonomie. Les fondateurs se sont questionnés sur la relation des enfants avec les écrans. « Ce qui nous a particulièrement motivé pour la construction d’un service de lecture audio, c’est précisément qu’on évite d’emblée le danger de l’hyperactivité visuelle et la frénésie d’interaction. Pour les enfants, le service est simple, avec de gros boutons colorés comme les anciens baladeurs CD. C’est un outil fait pour porter l’imaginaire. L’enfant appuie, il écoute, il imagine, il regarde par la fenêtre ». Il ajoute : « Bien sûr aussi, il était exclu d’inclure de la publicité ». Le catalogue est sélectionné en s’appuyant sur l’expérience éditoriale des médiateurs, avec une fonction de verrouillage pour que l’enfant puisse naviguer librement dans les listes de titres de musique et d’histoires lues spécifiquement choisis à l’avance pour lui. Enfin, un mode hors connexion permet d’utiliser l’application sans réseau, non seulement pour l’emporter partout, mais aussi pour éviter les risques liés aux ondes. De quoi mettre les parents et les professionnels de la petite enfance en confiance.

Dans l’espace « Tout munki » de l’application, on accède à l’ensemble des contenus, avec des fonctionnalités de recherche. Les parents peuvent suivre les recommandations ou effectuer des recherches par album et par titre dans un catalogue de 1000 albums et 200 livres audio provenant de labels et d’éditeurs francophones tels que Didier Jeunesse, Enfance & Musique, Victorie Music, Benjamins media, Les Editions musicales Lugdivine ou encore Les Editions Oui’Dire. « Le catalogue a vocation à s’étendre, on en intègre en continu. Nous échangeons avec les labels sur les problématiques qu’ils rencontrent et sur notre manière de les résoudre. Nous sommes devenus en quelque sorte des curateurs de contenus ; aucun problème pour nous à signer avec un label qui n’a que 2 disques ». L’éditorial devrait prendre une importance croissante. Patrick prévoit déjà des classements et des sélections faites avec les médiateurs. « L’édito chez munki ce n’est pas de faire émerger 1 titre sur 40 millions, c’est de parler des plus belles productions culturelles à faire découvrir aux enfants. » Quant à la recommandation personnalisée, l’entrepreneur pense qu’ils auraient tort de se priver des avancées dans le domaine. « On veut devenir l’acteur numéro un du jeune public. » Avec l’éditorial donc, de l’expertise, mais aussi en étant un relais d’information pour le secteur jeune public : dates de spectacles, événements… « Le secteur professionnel travaillant pour le jeune public est émietté. Les structures sont généralement très petites, leur capacité à utiliser des réseaux de distribution sont assez faibles. J’étais ravi de la naissance du réseau Ramdam, j’espère que l’on va devenir les deux réseaux symétriques du spectacle vivant et de la musique enregistrée pour le jeune public afin de fédérer et d’organiser cette dynamique culturelle et économique ».


munki, pionnier français du streaming user centric


Les plateformes de streaming généralistes leader du marché Spotify, Apple, Amazon ou encore les français Deezer et Qobuz reversent les royautés en suivant un mode répartition au prorata des écoutes réalisées globalement par l’ensemble des utilisateurs sur une période donnée, sans tenir compte des écoutes spécifiques de chacun des abonnés. « Les inégalités évoquées par la presse qui avantagent les musiques urbaines avec le système du prorata seraient encore plus fortes avec le jeune public : les enfants peuvent écouter le même album en boucle des dizaines de fois ». En segmentant ce marché, munki se présente comme une première solution : les abonnements ne rémunèrent que des contenus issus de labels jeune public. « On souhaite ensuite valoriser l’usage du contenu en le rapprochant de la raison pour laquelle on le paie ». Trois cas de figures : « avec le user centric, on reverse des royautés aux labels pour chaque paiement en fonction de ce qui a été utilisé et on va plus loin puisqu’on fait des rétributions différenciées selon que le contenu ait été comptabilisé sous forme d’écoute ou qu’il soit resté en mode hors connexion ». Et en ce qui concerne les abonnements qui n’auraient pas été utilisés, ceux-ci sont alors répartis pour l’ensemble du catalogue, au prorata.


De l’offre aux professionnels au lancement grand public


munki est commercialisé depuis novembre 2016 auprès des professionnels. La startup propose une offre d’abonnement annuelle qui a déjà séduit 40 réseaux de médiathèques. Des centaines de lieux en France sont ainsi connectés avec l’application et même des bornes d’accès ou proposent le service aux usagers, chez eux. Pour ce lancement, munki a pu bénéficier de l’aide de son partenaire 1D Lab avec lequel la startup propose une offre combinée. « C’est un très bon démarrage pour ce secteur qui avance lentement ». D’autant que la startup apporte des spécifications pour s’adapter aux besoins des professionnels et de leurs publics. Pour tester le service dans les crèches, munki a réalisé des expérimentations à Paris et avec Sevran qui a équipé toute la ville. Un partenariat avec Bose permet aussi d’équiper les crèches avec du matériel d’écoute. « Ces circuits sont longs, mais on discute avec de grosses infrastructures à équiper, c’est prometteur ». Le moment était tout choisi pour munki pour lancer son offre à 6,99€ / mois pour les particuliers, avec un mois gratuit pour découvrir le service.

munki va passer les prochains mois à faire connaître son service et ses offres. En parallèle, la startup prépare également une levée de fonds afin d’accélérer son développement. Avis aux amateurs.




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